
Gabriel Zucman
@gabriel_zucman · Evropa
Gabriel Zucman patří mezi osobnosti, které Storyz World sleduje kvůli tématům výzkumu a odborných témat v kapitole Evropa. Země, k níž se sledování vztahuje: Francie.
M. @PatrickMartin_1 , vouloir mettre fin au privilège fiscal des milliardaires n’est en rien un « hold up ». En revanche, affaiblir nos finances publiques déjà exsangues, importer en France le modèle américain d’assurance privée, et redistribuer les revenus au détriment des plus démunis, voilà le véritable « hold up intellectuel et politique ».
C’est donc cela la TVA dite « sociale » : redistribuer les revenus au profit des cadres supérieurs et des actionnaires, au détriment des plus démunis et des inactifs. Politique parfaitement inégalitaire, camouflée comme souvent sous une rhétorique trompeuse et une mise en œuvre pernicieuse. Car cette politique revient précisément à faire baisser les prestations sociales (pensions de retraite, assurance chômage, RSA, etc.) sans le dire, tout en redistribuant les économies ainsi réalisées aux ménages les plus favorisés, sans le dire.
- Pour les classes populaires et moyennes en emploi, l’effet net est neutre ou faible : la hausse de la TVA efface la hausse du salaire net. On reprend à la caisse du supermarché ce qui a été donné sur les feuilles de paie. - Pour les travailleurs à haut salaire et les actionnaires, qui ne consomment qu’une partie de leurs revenus, l’effet est positif : la hausse du salaire net et des profits dépasse la hausse de la TVA. - Enfin pour les personnes qui ne sont pas en emploi – retraités, chômeurs, allocataires du RSA, etc. – l’effet est très négatif : ces derniers subissent de plein fouet la hausse de la TVA, sans aucune compensation.
Voici ce que l’on peut en dire, à la lumière des meilleures études disponibles. - Une baisse des cotisations salariales ferait augmenter le salaire net des travailleurs concernés. - Une baisse des cotisations patronales se traduirait en partie par des hausses de salaires nets, en partie par des hausses de profits pour les entreprises. - La hausse de la TVA renchérirait le prix des biens à la consommation. L’effet net de tout cela ?
3/Enfin le manque à gagner pourrait être compensé, comme le propose le @medef , par une hausse de TVA : c’est le fameux projet de « TVA sociale ». Cela vaut la peine de s’y attarder, car cette proposition risque d’être au cœur des débats de l’élection présidentielle à venir. Moins de cotisations sociales d’un côté, plus de TVA de l’autre : qui gagnerait et perdrait à ce jeu de bonneteau ?
Dans ce cas de figure, au lieu de consacrer une partie de leur salaire au financement de la Sécurité sociale, les travailleurs paieraient une cotisation à des compagnies d’assurance privées : complémentaire santé, épargne retraite, etc. C’est le modèle américain que je connais bien, ayant vécu 10 ans aux Etats-Unis et produit différents travaux sur ces sujets. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce modèle n’est pas probant, surtout en matière de santé : coûts prohibitifs, financement inique, inégalités majeures. 28 millions d'Américains n'ont pas accès à l’assurance santé.
2/Deuxièmement, ces baisses de cotisations pourraient forcer la Sécurité sociale à réduire son champ d’intervention : hausse des franchises médicales, déremboursement de médicaments, hausse du « ticket modérateur » à l’hôpital, baisse des pensions de retraite, etc. Avec à la clé une détérioration de la protection des Français, ou bien (et les deux ne sont pas exclusifs) une extension du champ des assurances privées.
Qu’attendre d’une telle politique ? Il y a trois possibilités. 1/Soit ces baisses supplémentaires de cotisations ne sont pas financées. Elles creuseraient alors encore plus nos déficits publics, déjà très élevés en raison de la baisse des recettes publiques depuis 2017. Le déficit va en effet encore dépasser les 5 % du PIB en 2026, ce qui ne s’est jamais vu dans toute l’histoire de notre pays hors période de guerre, de grave crise économique ou de pandémie.
Pourtant, le @medef propose de remettre une pièce dans la machine. Les 90 milliards de baisses de cotisations ne suffisent pas : il faut y ajouter 60 milliards supplémentaires. Il faut encore « rapprocher le net du brut », d’après le Medef et certains candidats à l’élection présidentielle comme @GabrielAttal et @EPhilippe_LH qui le soutiennent. https://t.co/1paeC3qZjz
Ces baisses de cotisations sociales ont atteint des montants tels qu’elles ne trouvent plus guère de soutien parmi les économistes, même les mieux disposés. Antoine Bozio et Etienne Wasmer – deux économistes qu’on ne peut pas accuser de gauchisme – concluaient ainsi, dans un rapport commandé par le gouvernement en 2023, que ces exonérations avaient été beaucoup trop loin. https://t.co/JcI0j1U9MK
Pour remporter cette victoire, le @Medef a mobilisé une rhétorique particulièrement trompeuse mais efficace : En renommant « charges » les cotisations sociales, en présentant comme un « fardeau » ces prélèvements qui permettent pourtant de financer des besoins vitaux – comme celui de se soigner ou d’élever des enfants –, en faisant accroire que l’employeur « supporterait » ces cotisations, alors qu’il s’agit du salaire mis de côté et socialisé par les travailleurs pour se protéger des aléas de l’existence. C’est édifiant.
Depuis les années 1990, le @medef s’est battu pour réduire ces cotisations sociales. Avec un immense succès : les exonérations de cotisations sociales atteignent désormais 90 milliards (!) d’euros par an, soit 3 % du PIB. Ces baisses de cotisations ont creusé un trou considérable dans nos finances publiques. Elles ont également forcé notre Sécurité sociale à réduire son périmètre, laissant le champ libre aux assurances privées – j’y reviendrai.
Et il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Car en parallèle de cette évolution, une autre, aux conséquences plus massives encore, a suivi son cours depuis trois décennies : la remise en cause de notre système de protection sociale né de la Seconde Guerre mondiale. Pour le comprendre, il faut revenir sur ce qu’est une fiche de paie, car c’est ici que se révèle le projet global porté par le @medef depuis des années.
D’après l’Insee, le taux effectif d’imposition des grandes entreprises est passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022 : https://t.co/RrVwbuknXy Le manque à gagner pour les finances publiques est considérable : de l’ordre de 20 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget de l’enseignement supérieur qui s’est volatilisé, en moins d’une décennie.
La conséquence de tout cela ? Le taux effectif d’imposition des entreprises n’a certes pas baissé de moitié depuis les années 1980 (car des niches fiscales mitaient déjà l’impôt sur les sociétés dans ces années-là), mais il a lourdement chuté. Et ce sont les grandes entreprises qui ont profité à plein de cet effondrement. Pas les PME, qui ne peuvent guère envoyer leurs profits à Singapour ou aux Bahamas.
Dans le même temps, les grandes entreprises multinationales se sont mises à délocaliser une partie croissante de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, siphonnant les recettes fiscales de la France. Un cas d’école : @TotalEnergies , bien qu’employant 37 000 salariés dans l’Hexagone, n’y enregistre aucun bénéfice et n’y paie donc pas d’impôt sur les sociétés. https://t.co/hN2Hogn84E
Le taux d’impôt sur les sociétés, qui est le principal impôt acquitté par les entreprises en France, est passé de 50 % en 1985 à 25 % en 2026. Il a été divisé par deux en une génération. https://t.co/MS7QwI6xk9
Bonjour @PatrickMartin_1 , vous procédez à un renversement de la réalité. Depuis quarante ans, c’est le @medef qui a réalisé un véritable « hold-up intellectuel et politique ». Au détriment des finances publiques, de notre protection sociale et des plus démunis. Qu’on en juge. 🧵
Income inequality has increased more than commonly thought in Sweden. Billionaire wealth has increased almost as fast as in the US. One shouldn't wait for inequality to reach US levels before discussing what to do about this trend. https://t.co/siFZGJJcxD